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Dimanche soir, 23h30.
Pépère vient de redescendre. Comme tous les soirs, du moins les soirs où je ne me couche pas trop tard, il m’a gentiment lu une histoire pour m’endormir. Sauf que là, raté je dors pas. Pas du tout, même.
Il y a une espèce de nostalgie qui plane insidieusement dans la chambre à peine éclairée. Comme un regret de la journée écoulée. Comme quand on était jeunes et qu’on allait retrouver le lycée le lendemain, les profs les gens les versaillais hautains du lycée.
Bref, une espèce de mélange relativement peu ragoûtant de tristesse et d’appréhension.
Comme à cette époque, à cet état là, s’ajoute une hypersensibilité digitale. Le bout des doigts qui démange, genre granulome de léchage du chien qui ne peut s’empêcher de lécher et de mordiller et plus tu mordilles plus tu libères des endorphines et crac au bout d’un moment ça rate pas on arrive à l’os.
N’étant pas aussi peu réfléchie que mes patients canins, moi, quand les doigts me grattent, j’écris. Ah ah !! Encore une fois la supériorité sans faille de l’être humain sur le bête animal est écrasante…
Du coup, j’attrape un stylo, un cahier, et calée sur mon oreiller et celui de Pépère que j’ai réquisitionné pour la circonstance mais que bien sûr je n’oublierai pas de rendre sous peine de réveil brutal vers 2 h du mat’, je gratte, mais le papier.
Et ce préambule m’ayant remis en mémoire ma très peu glorieuse adolescence, plutôt, je fais avance rapide pour m’arrêter à mes 20 ans.
Ah, 20 ans… La rencontre avec Pépère.
Ma première impression en rencontrant ce crâne rasé barbu boucle d’oreillé fut mitigée. Très mitigée, voire complètement à sa défaveur.
Coup de sonnette un samedi après midi, à la porte de la maison familiale.
Etant la bonne poire de la maison, et aussi la plus commère, c’est moi qui ouvre la porte. Comme à chaque fois, c’est pas pour moi. Comme à chaque fois, c’est un copain de mon frère aîné.
Je les connais bien les copains de Pantoufle, souvent depuis ma plus coriace enfance.
Pas celui-là.
Il porte une casquette militaire kaki, une boucle d’oreille à droite, et un genre de bouc rouquin et frisotté. Et il est plutôt du gabarit du bulldog anglais, comparé à mon lévrier de frère.
« Bonjour, je viens chercher Pantoufle pour le tennis. »
« Laurel et Hardy au tennis, ça va être beau, tiens », pouffe-je in petto.
Bon, ils s’en vont, fin de la première rencontre.
Mais 1 h plus tard, subitement je me rend compte que je pars en vacances 1 mois le lendemain matin très très tôt et que je n’ai pas dit au revoir à mon bien aimé frère aîné.
Hop ni une ni deux, j’enfourche mon vélo et je rallie le terrain de tennis, un peu curieuse aussi de voir où en est cette partie…
Et là, mon pauvre Pépère, qui à l’époque n’était pas du tout mon pauvre Pépère mais bon quand j’y repense, pauvre Pépère, est affalé dans un coin du terrain, torse nu, hors d’haleine et incapable de se relever. Soi-disant qu’il s’était fait méchamment tapé à coups de balles de tennis par ses adversaires…
Très bonne première impression, si si…
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