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Jeudi dernier, j'étais dans mon petit cabinet de campagne, tranquille. Souvent, on est
tranquille, en campagne, par rapport à la grosse clinique citadine où on est souvent surbookés, c'est terrible, on court partout tout le temps, eh ben dans notre petit cabinet, c'est un peu comme
des vacances. Déjà, on est tout seul. Pas d'assistantes, pas d'interne à former, pas de confrère, que dalle. Même des fois, c'est déprimant. Quand t'as 2 rendez vous dans la journée, y'a un
moment où tu te dis que la solitude, c'est bien, mais point trop n'en faut quand même.
Et pis des fois, tout le village se donne rendez vous au même moment dans le cabinet, et ceux qui habitent plus loin téléphonent tous ensemble aussi, histoire de participer.
Et là, trop bien, les consults, l'accueil et les coups de téléphone en même temps, c'est super chaud. Mais bon, c'est le jeu, ma pauvre Lucette.
Donc jeudi dernier, tranquille, un bel aprèm en perspective, quelques rendez vous, mais comme c'est le mois d'Août, y'a pas beaucoup de passage ni de téléphone.
14H15, je viens d'ouvrir, à la bourre comme d'habitude, et y'a une petite dame et son fiston qui se pointent sans prévenir avec un espèce de tas de poils dans la main. En y regardant de plus
près, j'identifie un chaton, relativement tout plat tout sec.
La dame me dit qu'elle a trouvé le chaton dans son jardin, et que le chien jouait avec, et par jouer, elle voulait dire que le clebs, il secouait le chaton dans tous les sens et après il le
lançait en l'air.
Mais il est vivant, des fois il bouge, elle me dit, avec l'air d'y croire à fond que j'étais un grand docteur et que j'allais sauver la crevure.
Je regarde mieux, ah oui, il respire, et des fois il a la tête qui tréssaute.
Je prend le truc, je palpe, chaton d'environ 1 mois, pas un gramme de gras, grave dans le coma, déshydraté comme ma prof de latin de 4ème, sans rire, on attendait de voir si elle se défripait
sous la pluie, bref, mal barré le chaton. Chat trouvé, tout foutu, généralement, on fait pas trop de cadeaux, c'est euthanasie.
Et la dame, elle me dit, faites tout ce que vous pouvez, je le garderai, après, le chaton, je paierai les frais, tout ça tout ça. Alors, je prend mon ton de docteur désolé et je lui explique que
quand même, là c'est grave, que il va surement y passer, et que s'il survit, il risque d'y avoir des lésions permanentes.
Mais rien n'y fait, elle culpabilise grave que son chien s'en soit servi comme défouloir, du chaton tout plat.
Et elle s'en va, et promet de rappeler en fin d'aprèm.
Voilà, je me retrouve avec un chat tout sec dans le coma, cool.
Dans mon petit cabinet, on n'a rien. Un frigo et un microscope. Ayé, t'as fait le tour.
Par miracle, je découvre un cathéter pédiatrique.
Par miracle, j'arrive à poser correctement le cathé sur le microbe.
Allez, ben on essaie quoi, perf, corticos, candilat, eau sucrée dans la bouche, prière, et je le mets en cage.
Tout l'aprèm, je surveille.
Pas brillant, des fois, il roulotte vaguement d'un côté à l'autre de la cage et il miaule douloureusement.
17h: la dame rappelle, je lui dit que c'est pas génial, mais qu'il vit encore, et qu'il a des petites périodes d'éveil.
Ah, oui, dit-elle, très bien, mais je vais pas pouvoir le garder en fait. Alors, merci quand même au revoir.
Ah ben voilà, c'est malin ça. Super, hein, merci, madame.
Bon, eh ben c'est bien, je fais quoi, moi maintenant.
Je vais voir le micro chat, branché sur sa perf. J'en suis super fière de ma perf qui passe.
Ca me saoule d'avoir fait tout ça pour rien. Et pis évidemment, à le regarder essayer de vivre tout l'aprèm, ayé, j'ai réussi à m'y attacher, à cette crevure.
Fais chier.
Bon, alors je l'euthanasie pas.
Le soir, je retourne à la maison-mère avec mon chaton et sa perf.
Les ASV horrifiées me hurlent que ça va pas et qu'est-ce qu'on va en faire, mais c'est pas vrai, allez tiens, prends le Doléthal et finis-le regarde y demande que ça.
hum hum. Moi, j'y arrive pas, à le tilter çui-là.
Dans un élan de couardise, je dis, bon eh ben si demain matin y va pas mieux, je le tilte.
Et je lui colle une perf de mannitol en plus, histoire de faire dégonfler le cerveau.
Le lendemain matin, didon, le chat il était debout!
Tout regonflé, tout rond, pas super en forme, mais vivant et debout!
Un vrai petit miracle debout sur 4 pattounes.
Je te l'ai chouchouté, Fortol à le seringue toutes les deux heures, des bisous, des calins, des bouillottes et tout et tout.
Le lendemain, il commençait à regarder autour de lui.
Le lendemain, il lapait le Fortol tout seul.
Et 2 jours plus tard, un vrai chaton, et vazy que je grimpe aux barreaux de la cage, que j'attrape les lacettes et que je me roule avec, que je t'attaque en faisant le crabe.
Trop bien, trop beau, le chaton regonflé.
Ok, et maintenant? Juan, mon associé il dit allez hop, SPA.
Woua lotre.
T'es fou ou quoi, jamais de la vie.
Alors j'ai dit, on essaie de la placer, et si on y arrive pas, je le garde.
Trop content, le Pépère quand je lui ai annoncé ça, le soir....
Mais Shaker, parce que je l'ai appelé Shaker, il est tellement craquant, qu'on lui a trouvé une maison en trois jours, pas compliqué, le fils d'une ASV est passé par là, je lui ai collé dans les
bras, et c'est gagné.
Et Pépère a retrouvé le sourire.
Et je me suis guérie de ma tristesse de Nephtis.
Et la prochaine étape sur la route de ma vie, c'est la rentrée: Fifille en grande section de maternelle, et Junior, première année... Ca promet, je vous raconterai.
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