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Mardi 8 avril 2008

 

Pas le moral, en ce moment...
Mi mars, ça commençait à aller mieux, le changement d'heure était proche, on allait enfin sortir du long et noir tunnel de l'hiver.
Et puis y'en a une qui n'a pas réussi à s'en sortir de ce long couloir.
Ma grand-mère.
Et là, combien même ce départ était prévisible et attendu, presque, ça m'a mis un espèce de coup dans les gencives. Terrible.
Elle avait l'Elégance simple, la Gentillesse facile, la Discussion universelle.
Une dame d'un autre temps comme on en fait plus.
Ses 7 enfants, 22 petits enfants et ses 18 arrières petits enfants se languissent déjà d'elle.

Bref, je suis toute mraf depuis.
Même le changement d'heure n'y a rien fait.
Crevée, lointaine, envie de changer de boulot, tout ça tout ça.
Et pis je réfléchis et je me rend compte que grosso modo, à la fin de l'hiver on est tous  comme ça.
Alors y'a qu'à attendre le vrai printemps, pas celui là d'en ce moment où on comprend pas si y fait beau, pas beau chaud ou froid, nan, le vrai printemps où les oiseaux ont pas peur de se prendre des giboulées sur la gueule quand ils chantent, où on peut s'asseoir dehors sans rentrer précipitamment parce qu'il se met à neiger, où quand on remet la jument au pré elle s'enrhume pas et où le soleil et les températures en hausse guérissent les douleurs arthrosique de ma chienne....
Et alors, là peut être, on retrouvera la patate, du moins jusqu'aux vacances d'été, que je passais traditionellement chez ma grand mère....

par Molette publié dans : couché tard
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Samedi 26 janvier 2008

J'aime le moment où je redescend les escaliers après avoir couché les enfants. J'arrive dans le salon, et au moment où Pépère et moi on se regarde, on sait qu'on a 2-3 heures pour nous et pour nous seuls. 

J'aime l'instant où je rentre du boulot et où les enfants m'aperçoivent et hurlent: Maman!!!

J'aime regarder Junior quand il fait un truc de bébé hyper compliqué et qui recquiert la plus grande attention et la plus grande concentration de sa part. Souvent, il rentre un peu la tête dans les épaules, fait ressortir son double menton, respire bouche ouverte, fronce un peu les sourcils, le visage fermé, dans un autre monde. Et d'un coup, atterrissage, tout se dénoue, le regard s'éclaire, il sent mon regrd sur lui, se tourne vers moi et m'explique ce qu'il est en train de faire, mais comme il parle dans sa langue à lui, je comprend pas mais c'est pas grave on fait semblant alors il est content. 

J'aime quand ma fille m'explique sa journée à l'école et comment, petit à petit elle s'enhardit et tout doucement , le récit s'emballe, s'étoffe de petits détails irréels. Je continue à l'écouter, alors elle prend confiance et 10 min plus tard elle en est au passage ou Machin saute du toit pour rattraper le chien qui s'était envolé pandant que le maître jouait de la trompette avec un clown vert. Alors là, j'en peux plus, j'ai un sourire qui me démange depuis trop longtemps, j'éclate de rire, et elle aussi, parce que vraiment, là même pour elle, ça fait trop. 

J'aime le matin à la clinique, où on se retrouve tous à la cuisine, au chaud, à 6 ou 7 autour de la petite table de cuisine. On fait marcher la Nespressa, on se raconte notre soirée, la nuit de garde qu'on vient de passer, le film de la veille, on se serre tous dans la lumière vaguement jaune, et on fait la ronde. La ronde, c'est juste le fait de passer les cas des hospitalisés en revue, on fait pas dansons la carmagnole youou!, non non, c'est sérieux la ronde didonc.

J'aime les vendredis aprèm où on a pas envie de bosser, où Juan et Lolo traînassent autant que moi et où on se cache pour discuter dans des salles de consult pendant que les gens s'entassent en salle d'attente et que les assistantes nous cherchent partout pour nous remettre au boulot.

J'aime les fous rires qu'on prend avec Pépère, suite à une vanne compètement nulle, même pas drôle, mais qui a comme qualité indéniable de tomber exactement au moment où on a envie, voire besoin de rire. 

J'aime le hennissement sourd de ma jument quand elle me voit arriver.

J'aime le bazar bruyant qui règne dans ma famille, les repas où tout le monde parle en même temps et pas de la même chose et où ça se termine toujours par le fait que mon père et moi on se fait engueuler parce qu'on parle vraiment trop fort et qu'on s'entend plus, enfin, faites attention, vous avez pas besoin de hurler comme ça. Et le moment du café, où plus personne ne parle, tout le monde lit ou somnole gentiment, forcément, un repas aussi agité, ça fatigue, mais où on reste tous en rond autour de la table basse où trône le saint Kawa. 

J'aime quand la musique me prend aux tripes, au point où je ne tiens plus en place, il faut que ça bouge, un pied, une épaule si je ne peux pas trop faire l'andouille, et si je suis tranquille, sauter partout, ça soulage. Certaines chansons me donnent parfois une irrépressible envie de pleurer, ça aussi c'est bon de les écouter seule, isolée dans mes oreilles recouvertes d'écouteurs d'Ipod, et de laisser couler les larmes, on sait pas pourquoi on pleure mais qu'est-ce que c'est bon. 

J'aime le moment où un animal hospitalisé depuis longtemps rentre chez lui, la joie et le soulagement des proprios, l'anticipation de l'intimité retrouvée avec leur minou ou leur médor, la reconnaissance qu'ils peuvent (parfois) témoigner, la sensation fugitive mais grisante d'avoir aidé l'animal et la personne au bout de la laisse. J'aime le moment où on nettoie définitivement la cage, et qu'elle redevient propre et vide, prête à l'emploi, au suivant. 

J'aime le moment Pépère reçoit la version imprimée d'un album fini, et que je peux enfin le lire. Ca fait des mois que j'ai envie de savoir ce qu'il s'y passe, et je me contrôle, nan pas tout de suite, attends que ce soit fini, dessin, texte, couleurs, et quand tout y est, alors là, les mois d'attente y trouvent leur compte. Plus rien n'existe autour. Pépère tend vaguement l'oreille pour capter les réactions, mais je suis dedans, concentrée, et même si c'est drôle, je ris pas et si c'est triste, alors là quand même je pleure. 

j'aime tous ces moments, je les recherche, je les cultive et plus que tout, j'aime les partager. 
C'est chose faite.

par Molette publié dans : couché tard
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Samedi 12 janvier 2008

Alors, vous vous souvenez, il n'y a pas si longtemps de ma fierté arrogante lors du suivi de Vanouchka, la bouledogue anglaise, qui avait donc fini avec 7 chiots vivants et en parfaite santé.
Toute guillerette, que j'étais à l'époque. 
Oui, à l'époque, parce que maintenant que ma carrière est fichue et que je vis dans un grand carton sous un pont, je fais moins la maligne...

Laissez moi vous compter ma descente aux enfers. 
Une semaine après la césarienne, j'allais dire la mise-bas, ahahah, quelle nouille je fais, comme si elle avait réussi à mettre bas toute seule, cette feignasse, une semaine donc après la césarienne, dis donc, y'a une petite chienne qui décède.
Ouh làlà, si ça se complique, moi j'aime pas ça du tout. 
Bon, alors, autopsie. 
J'aime pas les autopsies, ça me donne envie de vomir, et en plus, sur des chiots, ça me donne envie de pleurer. Une fois, ma copine Patho anonyme, elle m'a fait ouvrir la boîte crânienne d'un chiot dobermann mort qui avait eu des troubles neuro (que j'avais fait l'insémination de sa maman et tout et tout...). On arrivait pas à ouvrir avec des ciseaux normaux, alors on a été obligés de finir avec une grosse pince à griffes. J'en pleurais. 
Donc autopsie du chiot bouledogue: hémorragie intestinale segmentaire. Je décris tout ça à ma copine Patho anonyme: et elle me repond de sa voix joviale de professionnelle qui fait son boulot, eh ben là , c'est soit torsion mésentérique, soit parvo. 
Eh ben génial, ça s'arrange tout ça. 
Et l'aprèm, je vois la proprio, avec la chienne et tous les autres chiots. Et là stupeur et stupéfaction, j'apprend qu'ils chient une fois par jour, pas plus. 
"mais madame, c'est pas du tout assez, ça. Elle s'en occupe bien, la chienne, elle les lèche pendant les têtées?"
Ben non, cette grosse feignasse, elle les lèche pas. Résultat, constipation pour tout le monde, c'est la maison qui offre!!!
D'où la torsion mésentérique de la petite chienne décédée. 
Au hasard, j'en prend un, je fais une radio, dans le mille, un bon gros fécalome. 
Allez, madame, venez, je vous montre comment les stimuler avec un thermomètre dans le cul, pardon, l'anus, et comment les fourrer au Microlax bébé. Si avec ça, ils font pas, je me coupe un bras. 
Bon les chiots, bon gré mal gré, ils veulent bien faire un peu caca. Je suis suspendue à leur petits trouducs roses tout l'aprèm, et pis le soir, comme c'est moyen marrant, comme jeu, on les renvoie chez eux. 
48h plus tard, t'as déjà deviné, une petite chienne pas bien. 
etc, etc, etc....
Au final, 3 sont morts, et 2 ont été hospitalisés avec succès thérapeutique. Ca, ça veut dire qu'ils sont pas morts...
A 2000 € le chiot, je sentais la dame se crisper un peu plus à chaque fois qu'il y en avait un qui y restait. 
En même temps, si cette paresseuse de Vanouchka les avait léchés, on en serait pas là. 
Les 4 survivants vont bien. 
C'est toujours ça. 
Mais voilà, c'était l'histoire de comment ma carrière a été fauchée en plein élan parce qu'une chienne n'aime pas lécher le cul de ses chiots....

par Molette publié dans : couché tard
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Lundi 17 décembre 2007

Plus tard d’ailleurs, Pépère a fait une autre très bonne impression, sur mon père cette fois.

 

 

Mai 1996. Je me suis réfugiée chez mes parents pour passer les épreuves du concours Véto. C’est ma dernière année pour réussir, faut pas déconner, alors j’ai dit à Pépère que je coupais le contact avec lui pour 1 semaine, pour rester concentrée sur mon concours. On est ensemble depuis 1 mois, il me connaît un peu, ça se passe bien. Du moins de mon côté.

Du sien, moins bien apparemment. Il doute. Et si c’était une manœuvre pour me jeter gentiment, pense-t-il, soupçonneux de la perverse nature féminine.

Alors un soir, il dessine ses états d’âme, met le dessin sous enveloppe et décide de le poser très discrètement dans la boîte aux lettres de la maison-mère.

Le seul problème c’est qu’à l’époque, Pépère il est complètement décalé au niveau horaire. Donc, il sort de chez lui en début de soirée, ce qui correspond pour le reste des mortels à 1h du matin environ.

Il arrive donc nuitamment devant la maison. Tout le monde dort. Après une bagarre avec une première boîte aux lettres plantée devant la maison qui en fait n’en est pas une, mais qui est juste là pour faire joli, il décide d’avancer jusqu’à la porte de la maison pour y glisser ladite lettre.

Sauf qu’avec tout le bazar de la première boîte aux lettres, mon père était réveillé. Et quand il a entendu que ça farfouillait vers la porte d’entrée, il a bondi, en caleçon, a attrapé la batte de base-ball de mon petit frère qui traînait dans un coin et a ouvert brutalement, très brutalement la porte pour tomber nez à nez avec un Pépère pétrifié d’angoisse à l’idée de se faire écrabouiller la tête par un potentiel futur beau-père presque à poil. Pour sauver sa peau, il brandit alors la lettre, la fameuse lettre en tremblant et s’écrie : Molette ! C’est pour Molette, je lui apporte une lettre !!

Ce qui eut pour effet immédiat de faire retomber la pression artérielle interne paternelle, ainsi que la batte de base-ball.

 

La lettre remise, mon Roméo remonta dans sa Micra avec la vélocité qui lui avait défaut lors du match de tennis sus cité et rentra ventre à terre s’affaler dans son canapé pour récupérer un rythme cardiaque acceptable.

 

Pépère, il est nul en premières impressions.

Si on veut vraiment savoir à quel point il est précieux, comme garçon, ben il faut persévérer un peu, voire s’obstiner. Et après, quand on y repense, on voit à quel point on s’est planté sur cette première impression….

par Molette publié dans : couché tard
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Dimanche 16 décembre 2007

Dimanche soir, 23h30.

Pépère vient de redescendre. Comme tous les soirs, du moins les soirs où je ne me couche pas trop tard, il m’a gentiment lu une histoire pour m’endormir. Sauf que là, raté je dors pas. Pas du tout, même.

Il y a une espèce de nostalgie qui plane insidieusement dans la chambre à peine éclairée. Comme un regret de la journée écoulée. Comme quand on était jeunes et qu’on allait retrouver le lycée le lendemain, les profs les gens les versaillais hautains du lycée.

Bref, une espèce de mélange relativement peu ragoûtant de tristesse et d’appréhension.

Comme à cette époque, à cet état là, s’ajoute une hypersensibilité digitale. Le bout des doigts qui démange, genre granulome de léchage du chien qui ne peut s’empêcher de lécher et de mordiller et plus tu mordilles plus tu libères des endorphines et crac au bout d’un moment ça rate pas on arrive à l’os.

N’étant pas aussi peu réfléchie que mes patients canins, moi, quand les doigts me grattent, j’écris. Ah ah !! Encore une fois la supériorité sans faille de l’être humain sur le bête animal est écrasante…

Du coup, j’attrape un stylo, un cahier, et calée sur mon oreiller et celui de Pépère que j’ai réquisitionné pour la circonstance mais que bien sûr je n’oublierai pas de rendre sous peine de réveil brutal vers 2 h du mat’, je gratte, mais le papier.

Et ce préambule m’ayant remis en mémoire ma très peu glorieuse adolescence, plutôt, je fais avance rapide pour m’arrêter à mes 20 ans.

Ah, 20 ans… La rencontre avec Pépère.

Ma première impression en rencontrant ce crâne rasé barbu boucle d’oreillé fut mitigée. Très mitigée, voire complètement à sa défaveur.

Coup de sonnette un samedi après midi, à la porte de la maison familiale.

Etant la bonne poire de la maison, et aussi la plus commère, c’est moi qui ouvre la porte. Comme à chaque fois, c’est pas pour moi. Comme à chaque fois, c’est un copain de mon frère aîné.

Je les connais bien les copains de Pantoufle, souvent depuis ma plus coriace enfance.

Pas celui-là.

Il porte une casquette militaire kaki, une boucle d’oreille à droite, et un genre de bouc rouquin et frisotté. Et il est plutôt du gabarit du bulldog anglais, comparé à mon lévrier de frère.

« Bonjour, je viens chercher Pantoufle pour le tennis. »

« Laurel et Hardy au tennis, ça va être beau, tiens », pouffe-je in petto.

Bon, ils s’en vont, fin de la première rencontre.

Mais 1 h plus tard, subitement je me rend compte que je pars en vacances 1 mois le lendemain matin très très tôt et que je n’ai pas dit au revoir à mon bien aimé frère aîné.

Hop ni une ni deux, j’enfourche mon vélo et je rallie le terrain de tennis, un peu curieuse aussi de voir où en est cette partie…

 

Et là, mon pauvre Pépère, qui à l’époque n’était pas du tout mon pauvre Pépère mais bon quand j’y repense, pauvre Pépère, est affalé dans un coin du terrain, torse nu, hors d’haleine et incapable de se relever. Soi-disant qu’il s’était fait méchamment tapé à coups de balles de tennis par ses adversaires…

 

Très bonne première impression, si si…

par Molette publié dans : couché tard
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