Nephtis, la résurrection
Un jeudi à la clinique.
10h50 du matin.
Il pleut, tout gris dehors.
J'ai réussi à gratter 10 min sur ma dernière consultation, du coup j'en profite pour passer un coup de fil à une consoeur en panne sur un cas de repro. Ca fait toujours plaisir de voler au secours des autres, on se sent un peu Superman, Wonderwoman et tout et tout...
Bon, souvent mon aide n'est pas très décisive. Mais les gens appellent quand même de temps en temps.
Alors, ma foi, je répond.
Mais comme je suis crétine au possible, j'ai pris le coup de fil à l'accueil, qui se trouve comme bien souvent dans la salle d'attente, en même temps c'est plus pratique pour les assistantes.
Bref, je suis au téléphone avec ma consoeur, une ancienne copine de promo, d'ailleurs, et du coup ça donne:
"ouais, c'est ça, l'Alizine 2 fois à 24h d'intervalle et les prostaglandines après..."
"ah oui, et si elle gerbe?"
"ben ouais, c'est ça le problème"
etc etc
et pis ça devient "et les enfants ça va?"
"super et toi?"
etc etc
Sauf que bien entendu mon implication professionelle sans faille m'avait tellement absorbée que je n'avais pas vu entrer Mme Cliente de St Pète-Couilles, mon vaccin de 11h00, qui arrive un peu en avance.
Qui s'installe dans la salle d'attente
Et qui du coup suit toute ma conversation téléphonique et se met à la ponctuer de soupirs gros comme la grenouille après qu'elle ait commencé à enfler et avant qu'elle n'éclate.
Qui vient se planter devant moi, avec son mini bichon dans les bras.
Bon ok, madame de St Prout, j'ai saisi la subtile néanmoins omniprésente allusion, j'arrive, j'arrive.
Je commence à écourter la conversation téléphonique, quand déboule dans la clinique un jeune homme avec un chien blanc frisé dans les bras, nettement moins en forme que le rouleau de bigoudi de l'impatiente de tout à l'heure.
"Urgence, elle s'est fait taper par une voiture!!" qu'il hurle. Rentre alors sa moitié, à moitié cachée par son rideau mi-larmes mi-cheveux.
Je raccroche complètement au nez de mon interlocutrice interloquée, du coup, et avec l'ASV, ni une ni deux, on prend la chienne et on court en consult.
Et là, d'un coup, on est moins pressées: pas de réflexe cornéen, pupilles fixes et dilatées, pas de coeur, pas de respiration.
Bon, ben super, elle est morte.
Gros ventre, cette chienne, la rate a du péter.
Palpation: arrrgh, sensation horrible, berk berk, là-dedans, à l'intérieur de ce cadavre, certes chaud, mais cadavre quand même, y'a des trucs qui bougent. Et suivant mon instinct d'expert, je suis en mesure de conclure sans doute aucun, et malgré le haut le coeur qui m'assaille soudainement, que ce sont des pitis bébés chiens en train de mourir eux aussi, conséquement au décès subit et irréversible de leur hôte naguère accueillante, leur maman chien.
à suivre...
(en fait c'est un peu plus long que ce que je pensais, alors on va scinder tout ça parce que là y faut que j'y aille...)