J'aime le moment où je redescend les escaliers après avoir couché les
enfants. J'arrive dans le salon, et au moment où Pépère et moi on se regarde, on sait qu'on a 2-3 heures pour nous et pour nous seuls.
J'aime l'instant où je rentre du boulot et où les enfants m'aperçoivent et hurlent: Maman!!!
J'aime regarder Junior quand il fait un truc de bébé hyper compliqué et qui recquiert la plus grande attention et la plus grande concentration de sa part. Souvent, il rentre un peu la tête dans
les épaules, fait ressortir son double menton, respire bouche ouverte, fronce un peu les sourcils, le visage fermé, dans un autre monde. Et d'un coup, atterrissage, tout se dénoue, le regard
s'éclaire, il sent mon regrd sur lui, se tourne vers moi et m'explique ce qu'il est en train de faire, mais comme il parle dans sa langue à lui, je comprend pas mais c'est pas grave on fait
semblant alors il est content.
J'aime quand ma fille m'explique sa journée à l'école et comment, petit à petit elle s'enhardit et tout doucement , le récit s'emballe, s'étoffe de petits détails irréels. Je continue à
l'écouter, alors elle prend confiance et 10 min plus tard elle en est au passage ou Machin saute du toit pour rattraper le chien qui s'était envolé pandant que le maître jouait de la trompette
avec un clown vert. Alors là, j'en peux plus, j'ai un sourire qui me démange depuis trop longtemps, j'éclate de rire, et elle aussi, parce que vraiment, là même pour elle, ça fait trop.
J'aime le matin à la clinique, où on se retrouve tous à la cuisine, au chaud, à 6 ou 7 autour de la petite table de cuisine. On fait marcher la Nespressa, on se raconte notre soirée, la nuit de
garde qu'on vient de passer, le film de la veille, on se serre tous dans la lumière vaguement jaune, et on fait la ronde. La ronde, c'est juste le fait de passer les cas des hospitalisés en
revue, on fait pas dansons la carmagnole youou!, non non, c'est sérieux la ronde didonc.
J'aime les vendredis aprèm où on a pas envie de bosser, où Juan et Lolo traînassent autant que moi et où on se cache pour discuter dans des salles de consult pendant que les gens s'entassent en
salle d'attente et que les assistantes nous cherchent partout pour nous remettre au boulot.
J'aime les fous rires qu'on prend avec Pépère, suite à une vanne compètement nulle, même pas drôle, mais qui a comme qualité indéniable de tomber exactement au moment où on a envie, voire besoin
de rire.
J'aime le hennissement sourd de ma jument quand elle me voit arriver.
J'aime le bazar bruyant qui règne dans ma famille, les repas où tout le monde parle en même temps et pas de la même chose et où ça se termine toujours par le fait que mon père et moi on se fait
engueuler parce qu'on parle vraiment trop fort et qu'on s'entend plus, enfin, faites attention, vous avez pas besoin de hurler comme ça. Et le moment du café, où plus personne ne parle, tout le
monde lit ou somnole gentiment, forcément, un repas aussi agité, ça fatigue, mais où on reste tous en rond autour de la table basse où trône le saint Kawa.
J'aime quand la musique me prend aux tripes, au point où je ne tiens plus en place, il faut que ça bouge, un pied, une épaule si je ne peux pas trop faire l'andouille, et si je suis tranquille,
sauter partout, ça soulage. Certaines chansons me donnent parfois une irrépressible envie de pleurer, ça aussi c'est bon de les écouter seule, isolée dans mes oreilles recouvertes d'écouteurs
d'Ipod, et de laisser couler les larmes, on sait pas pourquoi on pleure mais qu'est-ce que c'est bon.
J'aime le moment où un animal hospitalisé depuis longtemps rentre chez lui, la joie et le soulagement des proprios, l'anticipation de l'intimité retrouvée avec leur minou ou leur médor, la
reconnaissance qu'ils peuvent (parfois) témoigner, la sensation fugitive mais grisante d'avoir aidé l'animal et la personne au bout de la laisse. J'aime le moment où on nettoie
définitivement la cage, et qu'elle redevient propre et vide, prête à l'emploi, au suivant.
J'aime le moment Pépère reçoit la version imprimée d'un album fini, et que je peux enfin le lire. Ca fait des mois que j'ai envie de savoir ce qu'il s'y passe, et je me contrôle, nan pas tout de
suite, attends que ce soit fini, dessin, texte, couleurs, et quand tout y est, alors là, les mois d'attente y trouvent leur compte. Plus rien n'existe autour. Pépère tend vaguement l'oreille pour
capter les réactions, mais je suis dedans, concentrée, et même si c'est drôle, je ris pas et si c'est triste, alors là quand même je pleure.
j'aime tous ces moments, je les recherche, je les cultive et plus que tout, j'aime les partager.
C'est chose faite.
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